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Le Blog du Pollen Iodé
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Aucun risque !

Le docteur Alicius, chimiste, n’avait jamais été exagérément studieux. Il avait obtenu tous ses diplômes, à la longue, après avoir redoublé au moins une fois au cours de chaque cycle universitaire. Ces délais étaient dus à sa vie sociale nocturne trépidante, qui ne favorisait pas sa concentration en cours. Pourtant, son intérêt pour la chimie était authentique, même s’il n’aurait jamais renoncé à une fête en l’honneur de celle-ci, ce qui lui évita de décrocher lors de sa formation.

Durant ces soirées, il buvait abondamment, ne fumait pas que des cigarettes et ne plongeait pas son nez que dans des roses, mais comme il était pourvu d’une constitution robuste, ses dissipations n’affectèrent pas sa santé. Tous ses amis n’étaient pas dans le même cas ; au bout de quelques temps, l’un d’eux se vit contraint de passer plusieurs mois en cure de désintoxication, s’en tirant mieux, comparativement, qu’un comparse qui mourut d’overdose à quelques temps de là. Alicius fut alarmé par ces histoires. Dès qu’il fut sorti du système scolaire, ses premiers travaux portèrent sur les produits psychotropes. Loin de s’embarquer dans une campagne de prévention sur la drogue, car il savait fort bien que la propagande de ce type n’avait eu aucun effet sur lui-même, il s’absorba dans l’étude des substances addictives, pour identifier les éléments qui les rendaient telles. Il créa ensuite les premières pilules magiques qui, soit vous détendaient au-delà de tout expression, soit vous donnaient un coup de fouet et des hallucinations amusantes, au choix, mais sans causer de dépendances ni de dommages sur l’organisme. Après avoir élaboré tout un arsenal de preuves concernant ces deux derniers points, pour s’épargner des difficultés légales, Alicius mit ses inventions en vente et attendit que la fortune lui ouvre les bras.

Ce fut un relatif échec. Les uns, méfiants, firent fi des démonstrations sur l’innocuité de ces créations et les tinrent pour trop dangereuses pour qu’ils en fassent usage, les autres, au contraire, estimèrent que si c’était produit avec l’approbation du gouvernement, ça ne pouvait pas avoir beaucoup d’effet ; ou alors, si ça en avait, et que les gens au pouvoir n’y trouvaient rien à redire, cela devait être en raison d’un complot fomenté par ceux-ci ! Il y eut quand même quelques curieux pour tester les comprimés du docteur Alicius. Sans doute, ils ne portèrent pas de témoignage défavorable à ce sujet. Mais, dans l’ensemble, les consommateurs ne changèrent pas leurs habitudes et continuèrent à utiliser des drogues normales et périlleuses, à la grande déception du chimiste, qui avait de sincères bonnes intentions. Inspiré par Parmentier et ses pommes de terre, il organisa tout un système de dissimulation et de secret autour de sa production ; quand des rumeurs commencèrent à courir, disant qu’en fait, ces pilules avaient des effets secondaires et étaient bel et bien dangereuses, il laissa faire, espérant que par là elles gagneraient en popularité, suivant le principe de l’attrait augmenté par l’interdiction. Cela marcha un peu, mais la loi s’effaroucha et demanda des comptes au chercheur, qui dut une nouvelle fois assurer que non, sérieusement, il n’y avait rien à craindre. Et ses ventes chutèrent derechef.

« Pourquoi ne fabriques-tu pas, plutôt que des drogues inoffensives, des médicaments qui remédient aux effets causés par les drogues néfastes ? » lui demanda une connaissance. Pourquoi pas, en effet ? Alicius réduisit à la portion congrue la fabrication de ses gélules, qui de toute façon de l’enrichissaient guère, et se plongea dans ce nouveau sujet. Quelques temps plus tard, il se fit abattre en pleine rue par un trafiquant de drogue, plutôt mal renseigné, qui en voulait à Alicius pour avoir mis sur le marché un article qui, croyait-il, amenuisait ses propres bénéfices. Le tireur, pas très vif d’esprit, fut capturé immédiatement et emprisonné. Le chimiste survécut à l’attaque mais, comme il avait été touché à la tête, il fallut l’hospitaliser et il s’avéra que le dommage crânien lui avait fait oublier la plus grande partie de ce dont il avait besoin pour exercer sa profession. Il aurait pu réapprendre, mais cela aurait pris du temps et il n’avait pas envie de retourner à l’école à son âge. Comme il se souvenait encore bien de son époque estudiantine, il changea de branche et devint DJ, ce qui lui valut plus de notoriété que son précédent emploi. On cessa de vendre ses pilules, faute de clientèle suffisante. Depuis, d’autres poursuivent ses recherches.

Fin

 
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S
Pas mal du tout ! :)
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